Nous serions-nous trompé sur les signes que semblait multiplier le nouveau président de la République française, au sujet de la nouvelle politique africaine de ce pays ?
A-t-on pu mal lire à travers les signes et interpréter, finalement à tort, une réelle volonté de changement et de rupture ? Ce qui s'est passé la semaine dernière, avec la première visite en terre africaine de Nicolas Sarkozy, amène au moins à plus de circonspection.
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D'abord parce que, au plan symbolique, avoir choisi le Sénégal et le Gabon, sans les plus grands socles de la fameuse "Françafrique", n'était pas le meilleur élément pour apprécier la rupture du nouveau président français. Qui a donné les raisons qu'il pouvait, même si, visiblement, il a eu du mal à s'en convaincre lui-même.
Ensuite, au plan du discours, de la présentation de la nouvelle politique africaine, Nicolas Sarkozy a choisi de s'adresser, à travers les étudiants de l'université Cheick Anta Diop de Dakar, à la jeunesse africaine. En lui déroulant son projet pour la future coopération entre la France et le continent noir. Une initiative qui, dans les propos, a été modérément appréciée. Certes, il a reconnu le rôle néfaste de la colonisation, mais c'était pour préciser qu'il n'était nullement question de repentir.
Il y a même eu, dans ce moment intense, dès sorties heureuses et prometteuses. Comme lorsqu'il affirme : "Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j'appelle de mes voeux, la Renaissance africaine. " Ou encore quand il précise : "Dès lors que vous proclamerez que l'homme africain n'est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d'autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine."
Mais le même président français a déclaré : " Voulez-vous que cesse l'arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné ? Voulez-vous que l'État se remette à faire son métier, qu'il soit allégé des bureaucraties qui l'étouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l'État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres? Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le voudra à votre place. "
Du coup, a jailli comme une lumière : le signe de l'hypocrisie et du manque de sincérité du président français. Qui sait, mieux que quiconque, quels sont les problèmes et les aspirations de la jeunesse africaine, qualifiée ou non, condamnée à abandonner le continent pour espérer sous d'autres cieux un bonheur devenu impossible chez elle. Qui sait que l'Afrique n'a pas cessé de reculer, au point de menacer de disparaître de la carte économique du monde, du fait de la mauvaise gouvernance et du manque de transparence dans les processus de choix de ses dirigeants ?
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Or, indiquions-nous dans ces mêmes colonnes il y a un mois, au lendemain des plaintes déposées auprès des tribunaux de Paris par une coalition d'Ong contre les présidents Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso, au-delà des révélations de la presse, les sanctions contre des gestionnaires indélicats n'ont été mises en pratique que lorsque les pays étrangers, notamment la France et les Etats-Unis d'Amérique, avaient décidé de s'impliquer.
De la même manière, on aura noté que de réels efforts n'étaient toujours pas faits dans les domaines de la bonne gouvernance ou de la transparence électorale parce que, en réalité, les gouvernants africains continuaient de bénéficier, à travers des arrangements dont les contours n'ont jamais été dévoilés, de la " couverture " des présidents des nations les plus influentes sur notre histoire et notre devenir.
Comment, dans ces conditions, Nicolas Sarkozy peut-il envoyer la jeunesse africaine dans la rue alors que cette jeunesse sait que, dans les salons, le président français signe des contrats, au profit des entreprises de son pays, avec des dirigeants dont il condamne officiellement la gestion ? Cela ne ressemble-t-il pas, finalement, à une fuite en avant?